La BCE et l’Euro : grosse voix et petit bâton
Après cela, seules des annonces ou décisions claires étaient de nature à confirmer qu’on avait eu raison d’espérer. Une semaine plus tard, la déception n’en est que plus grande. « Je ne fais pas de promesses, mais je les tiens », avait un jour déclaré Edouard Balladur. M. Draghi a fait doublement le contraire, ce qui est pire. On attend d’une banque centrale moderne qu’elle mène une action déterminée, clairement lisible, et en toute indépendance. Ceci de façon à exercer une vraie autorité sur les marchés financiers : contrairement à ce qu’on pense parfois, les marchés ont besoin d’en sentir le poids s’exercer sur eux.
Les banques centrales américaine ou britannique, aujourd’hui, correspondent à ce modèle. Hélas – et peut-on s’en étonner ? –, la BCE paraît être à l’image de l’Europe : divisée et coincée par des statuts qui l’empêchent d’agir efficacement.
On attendait de la BCE non seulement qu’elle annonce une politique, si possible illimitée, d’intervention sur le marché des obligations d’Etat, mais aussi, à défaut d’un timing précis, au moins de modalités convaincantes. Au final, Mario Draghi a bel et bien laissé entendre que de nouvelles interventions sur le marché sont envisagées. Mais ce fut le seul élément clair de sa conférence de presse. Pour le reste, le patron de la BCE a renvoyé aux Etats la responsabilité de résoudre un problème de finances publiques que ces derniers sont notoirement incapables de résoudre seuls. L’austérité imposée aujourd’hui à l’Italie et à l’Espagne, pour ne citer que les pays qui peuvent nous faire tous basculer, aggrave la crise plutôt qu’elle ne la résout. Et les (r)achat de dettes par la BCE, seule voie de secours d’urgence pour un continent financièrement à la dérive, reste statutairement bloquée, principalement par l’Allemagne. M. Draghi n’a pu que confirmer que le désaccord entre les Etats reste béant, tant sur la crise des dettes, que sur le rôle que devrait jouer la BCE.
Si M. Draghi a crié plus fort il y a huit jours, ce n’était finalement que parce qu’il a toujours un trop petit bâton.


